Sapeur-pompier magazine (2005)
Sdis de l’Essonne, le haut niveau
Pionnier en 1973 de la départementalisation, anticipant largement le cadre réglementaire, le Sdis de l’Essonne est un des plus en vue au niveau national. Rien qu’en 2005 : 1 million d’euros de budget, 80 000 interventions, 120 professionnels recrutés, 27 000 journées formation. Ces quinze dernières années, nombreux sont les pompiers professionnels de l’hexagone à y avoir décalés, avant de repartir vers un autre département. Il y ont reçu une formation de haut niveau et ont expérimenté les interventions urbaines les plus variées.
Une opération de secours toutes les 7 minutes ! Plus de 80 000 interventions annuelles sont réalisées chaque année par les pompiers des 52 centres essonniens, au premier rang desquels se classent Evry avec plus de 7 000 sorties, Viry-Châtillon et Corbeil-Essonne qui en assurent plus de 6 000, et un ensemble de centres tels que Palaiseau, Brunoy, Massy et Sainte-Geneviève-des-Bois qui réalisent environ 4 500 sorties. Situé dans le Sud de la région Ile-de-France, dans l’immédiate banlieue de Paris, l’Essonne est un petit département en superficie qui s’étend sur quatre régions naturelles : le Gâtinais (au sud-est), la Brie (au nord-est), le Hurepoix (au centre), la Beauce (sud-ouest). C’est un jeune territoire issu de la division de la Seine-et-Oise en 1964. Si le Sud est assez rural et agricole, le Nord est quant à lui densément urbanisé et très peuplé. La grande majorité des 1 140 000 Essonniens se polarise sur le Nord, qui voisine avec la petite couronne parisienne. Du reste, une particularité du département réside dans le fait que tous les réseaux routiers, ferroviaires, fluviaux et aériens, sont tournés vers Paris. Pour couvrir l’ensemble des risques et défendre cette population mouvante, un Sdis départementalisé depuis 1973 emploie aujourd’hui 2 250 pompiers, dont plus de 1 000 professionnels !
Un corps départemental trentenaire
L’espace essonnien est divisé depuis 2002 en quatre groupements territoriaux : le groupement Est autour de la ville Préfecture Evry ; le Nord et Palaiseau ; le Centre avec Arpajon, un groupement de transition à la densité urbaine croissante ; et le Sud, rattaché à Etampes, possède la plus grande superficie pour à peine 100 000 habitants. Auparavant, il n’y avait pas quatre mais six secteurs, comme l’avait prévu les artisans de la départementalisation réalisée dès 1973. L’Essonne s’est montrée pionnière en la matière, explique le colonel Pierre Patet, directeur du Sdis depuis deux ans : « Non seulement la gestion des moyens a été départementalisée bien avant l’instauration du cadre réglementaire, mais aussi son financement. Ce que n’ont pas fait les autres territoires de la grande Couronne, comme le Val d’Oise par exemple. Ici 99,9% des dépenses budgétaires sont pris en charge par le Conseil général. C’était une bonne chose car ce jeune département a pu faire face à la forte montée des risques qu’il connaissait alors. Etant seul financeur, il était seul décideur. Mais les budgets ont continué d’augmenter, et ces dernières années l’engagement financier des communes aurait sans doute été le bienvenu. Nous sommes maintenant sur un budget de l’ordre de 100 millions d’euros ! »
La part de fonctionnement dans le budget est de l’ordre de 73,5 millions d’euros, contre 23 millions d’euros environ pour l’investissement. Des dépenses qui a 74% incombent au département des ressources humaines. « Notre Sdis qui emploie plus de 1 000 pompiers professionnels doit gérer une énorme charge salariale», poursuit le colonel Patet. « Les trois autres départements que j’ai dirigés auparavant étaient tous à forte implantation volontaire, avec en moyenne un professionnel pour 6 à 8 volontaires. En Essonne, c’est 50-50 ! Il y a un effectif professionnel important, et finalement assez peu de volontaires par rapport à la population. » C’est évidemment le Sdacr élaboré en janvier 2002 qui, en faisant le bilan des risques courants et particuliers, a défini les moyens adaptés pour les couvrir. Le groupement Est, qui réalise 43 000 sorties par an, serait par exemple classé au 17ème rang des départements français pour le nombre des interventions ! Un Sdacr qui, en conséquence, a établi les effectifs de garde dans chacun des 52 centres, notamment des 8 CSP. A Evry par exemple, 61 professionnels et 26 volontaires garantissent un Potentiel Opérationnel Journalier constant sur la base de 17 pompiers par garde de 24 heures. Avec une pointe de 34 sorties sur une journée. Les 80 000 habitants du secteur sont ainsi bien défendus, quelque soient les circonstances, même au plus fort de la récente flambée de violence urbaine (Cf entretien avec le capitaine Didier Revenault, chef du centre d’Evry).
Recruter et former : 2 FIA de 60 pros par an
« Quand je me ballade dans un département de l’hexagone, il est fréquent que je retrouve un pompier qui est passé par l’Essonne » souligne le commandant Patrice Rollin, directeur adjoint du groupement Est. « A une époque nous perdions 60 pompiers professionnels par an, qui venaient de passer un ou deux ans chez nous et repartaient dans leur département d’origine. Cela a longtemps été problématique pour nous. Il fallait former à tour de bras. Maintenant cela semble se calmer : nous commençons à assister à une décroissance du phénomène. » A l’instar des autres départements de la grande Couronne, l’Essonne a pendant des années fait office de pôle de formation pour les autres Sdis. A la manière de la BSPP il y a une vingtaine d’années, la filière était connue : envoyer ses officiers et ses hommes du rang s’aguerrir dans un contexte d’interventions nombreuses et variées, et les faire revenir après quelque temps. « Le problème reste encore pour nous de garantir les potentiels dans les centres, même si nous parvenons à maintenir les effectifs, notamment ceux des équipiers » explique le commandant Rollin. De ce fait, le Sdis de l’Essonne continue de recruter chaque année de nombreux pompiers professionnels. « Nous ne recrutons que sur liste d’aptitude, presque pas sur mutation, même pour les officiers. Ainsi en 2002, nous avons organisé un concours suite à quoi nous avons énormément recruté en 2003. L’organisation d’un tel événement est toujours faramineuse dans la mesure où nous avons à traiter plus de 5 000 candidatures. Mais ce recrutement en 2003 était plus que nécessaire : entre les créations de postes suggérées par le Sdacr, et le remplacement des pompiers repartis dans leur province, il a fallu mettre en place trois FIA de 60 pompiers professionnels ! » La moyenne des recrutements du Sdis de l’Essonne chaque année tourne autour d’une centaine de professionnels, soit deux FIA de 60 pompiers, comme cela a été le cas l’année suivante en 2004. « Ce phénomène de turn-over chez les professionnels nous a obligé à réfléchir à la formation et à nous doter en 2003 de ce bel outil qu’est l’Edis, l’Ecole départementale d’incendie et de secours. En 2004, 27 000 journées de formation ont ainsi été réalisées dont 16 000 à l’école. » (Cf encadré sur l’Edis)
L’école est le prestataire de formation du Sdis 91 pour les sapeurs-pompiers du grade de sapeur à adjudant, qu’ils soient professionnels ou volontaires, mais également le support de formation de tous les personnels administratifs et techniques, ce qui représente au total 2 300 personnes. « Parallèlement à la formation de nos professionnels, nous souhaitons accompagner nos 1 000 sapeurs-pompiers volontaires dans un processus de formation très structuré, afin que leur grade corresponde bien à une fonction et leur emploi à une formation » explique le lieutenant-colonel Fernandez, chef du groupement formation, dont les bureaux ont été installés au sein même de l’école. « C’est important pour nous de leur insuffler le sentiment d’appartenance à un corps structuré. Cela peut leur donner l’envie de basculer vers le métier de sapeur-pompier, ce qui pour nous est porteur puisque nous recrutons beaucoup de sapeur-pompier professionnels. Le processus idéal en ce qui nous concerne, c’est de former des JSP, qui deviennent ensuite des volontaires, puis intègrent après leur formation notre effectif de professionnels ».
Fidéliser les professionnels
Pour contrer le phénomène de turn-over et freiner les départs, le Sdis de l’Essonne a récemment réclamé au Conseil d’administration que la durée de formation pour les professionnels soit portée à un an. « Dans la mesure où nos statuts stipulent que le sapeur-pompier doit à son Sdis trois fois sa durée de formation, nous avons ainsi l’assurance de garder nos hommes au moins quatre ans. Leur année de formation, plus les trois ans qu’ils doivent au Sdis 91 » confie le colonel Patet. « Sans quoi le département qui les recrute doit rembourser les frais de formation et les charges salariales au prorata du temps qu’il restait à effectuer. » Soucieux de conserver ses effectifs, le Sdis n’entend pas miser que sur cette carte défensive. A sa demande, le Conseil d’administration a également voté des politiques d’attractivité et de fidélisation qui reposent sur l’amélioration des régimes indemnitaires, des conditions de travail et de logement.
« La difficulté que nous connaissons en Essonne au niveau du turn-over est liée en partie à l’absence de volonté de formation de certains Sdis, mais également à la question des conditions de rémunération qui sont nivelées au plan national » souligne Etienne Chaufour, président du Casdis. « A mon avis celles-ci devraient davantage prendre en compte le nombre d’interventions et le contexte local, notamment le coût du logement. Aujourd’hui un cadre est payé quasiment de la même manière s’il est dans un petit département tranquille que dans un département avec de nombreuses interventions, un contexte de violence urbaine et un coût de la vie plus élevé. Pour nous les seuls moyens de compensation que nous avons à notre disposition, c’est l’amélioration du régime indemnitaire - mais il est fortement encadré par les textes réglementaires -, un peu l’aide au logement - mais là aussi nos marges de manœuvres sont réduites. Mais la volonté des élus est claire : nous souhaitons tout mettre en œuvre pour fidéliser nos pompiers ». D’un côté offrir de nouvelles indemnités, de l’autre renouveler le parc de véhicules : les casernes viennent de recevoir ces derniers mois 11 fourgons, 17 VSAV et 3 échelles. Reste le casernement, qui dans bien des centres, commence un peu à dater.
Une nouvelle politique en matière de volontariat
Des pompiers volontaires de Soisy-sur-Seine qui viennent en renfort dans les quartiers sensibles d’Evry lors de la flambée de violence de novembre dernier ; le chef du CPI de Mondeville qui propose à celui du CS de Soisy-sur-école de lui prêter main-forte pour que son manque d’effectif momentané ne l’oblige pas à fermer son centre… ces deux exemples témoignent de la vitalité d’un département qui a depuis longtemps dépassé ses clivages de territoires. C’est une des forces du Sdis de l’Essonne : depuis 1973, les pompiers sont résolument départementaux et plus du tout communaux. « Du point de vue du commandement, il est facile de mutualiser les moyens humains, dans la mesure où les gars ne voient aucun inconvénient à changer de centre de secours pour venir renforcer une garde, ou bien s’inscrire en double appartenance… Et en plus cela créé une émulation » confie le capitaine Jean-Pierre Dhont, directeur adjoint du groupement Sud. C’est sans doute une raison pour laquelle le statut de « Pro-Vo » s’est bien développé dans le département. En vertu de ce statut, 389 professionnels exercent à cette date une activité en tant que volontaires dans un autre centre du département. Dans le groupement Sud, secteur rural à dominante volontaire, 57 des 360 SPV ont le statut « Pro-Vo ». Le caporal Olivier Ravenet est l’un d’entre eux (Cf portrait). Cette double appartenance a eu le mérite de rééquilibrer un nombre assez faible de volontaires en Essonne. « Jusqu’à présent, force est de constater que le volontariat a été un peu trop délaissé dans la montée en puissance de l’organisation du Sdis » constate le colonel Patet. « Il faut bien voir que localement, cette anticipation précoce de la départementalisation a eu pour effet d’éloigner les maires des pompiers volontaires. Le Sdis est perçu dans les communes comme un service départemental semblable à la gendarmerie, la DDE, la poste… Nous n’avions donc plus de relais au plus proche du terrain. Mais maintenant le Sdis change de braquet ! En nous appuyant sur la loi de 1996, nous démarchons les employeurs tant publics que privés, et notamment les maires. Pour certains, nous les sensibilisons à l’importance du volontariat, et pour les autres qui ont déjà des pompiers dans leur effectif, nous signons des conventions pour qu’ils leur permettent au moins de se former. Jusqu’à présent, tous les volontaires allaient se former sur leur temps de repos ! » Une démarche qui localement est d’autant plus appréciée qu’elle est justifiée, comme le souligne l’adjudant Philippe Lemoine, chef du CPI de Mondeville, à la lisière de la forêt de Fontainebleau : « il n’y a pas les pompiers des villes et les pompiers des champs. Nous sommes fiers d’avoir des petits gars du CPI qui sont devenus professionnels et qui se font une joie de revenir ici donner un coup de main. Nous mettons beaucoup de cœur pour nous former et acquérir un savoir-faire pouvant être cité en exemple. Sur notre écusson, la rivière Essonne relie le Sud au Nord, les campagnes aux grandes villes. Nous sommes du même corps départemental. »
Hugues Demeude
|